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2016 - Mad Max, Fury Road - G Miller

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2016 - Mad Max, Fury Road - G Miller

Message  Rockatanski le Mar 27 Sep 2016 - 19:28



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Avec l'avatar et le pseudo qui sont les miens, impossible d'accueillir la sortie de « Mad Max, Fury Road » sans en faire une critique pesée, mesurée, reniflée et fouillée.

Aussi, après avoir affûté les arguments et aiguisé le crayon, je me lance dans l'appréciation personnelle de ce métrage attendu depuis bien longtemps.

Car il ne faut pas s'y tromper : les premières images du film dévoilées par Georges Miller au cours du Comic-Con 2014 de San Diego sont le fruit d'une gestation de plus de 17 ans, le réalisateur ayant lancé le concept de ce 4ème opus dès l'année 1997, après l'avoir, ainsi qu'il le dira lui-même en interview, «retrouvé en traversant une rue, puis rangé dans un coin de sa mémoire pendant un certain temps ».

C'est dire si ce projet, dont bon nombre de fans se demandaient – moi le premier – s'il ne serait que la résurgence éphémère d'un vieil héro fatigué et usé ou le point d'encrage d'une renaissance à la hauteur de la légende cinématographique du personnage, était attendu au virage.

Difficile question, en vérité, tant l'histoire du cinéma témoigne de la difficulté d'ajouter un épisode supplémentaire tardif à une franchise passée à la postérité. Les exemples sont légion, et même d'expérimentés réalisateurs s'y sont casés les dents, à l'image d'un Spielberg avec le 4ème opus de l'aventurier au chapeau et au fouet, ou son compère et ami Georges Lucas avec « la menace fantôme » et plus généralement d'ailleurs l'ensemble de la prélogie Star Wars. C'est dire si le défi était immense, 25 ans séparant le 1er clap de « Fury Road » et le dernier du « Dôme du tonnerre ».



Il faut dire, chemin faisant, que Georges Miller aura rencontré bien des difficultés pour mener à bien son projet, depuis ses origines :

- les échecs commerciaux de deux de ses métrages après la trilogie Mad Max - « Lorenzo » et « Babe 2 » - l'éloigne quelque peu des cercles premiers des grands studios; un contrat était signé avec la Fox, et un début de tournage programmé en 2004, mais la guerre un Irak sert de prétexte à une mise au placard du projet.

- Mel Gibson souhaite passer la main, et renonce ainsi au rôle qui l'aura fait connaître, d'un commun accord avec le réalisateur.

- Ce n'est qu'après une incursion dans le film d'animation, avec les deux « happy feet » - autres fables écologistes malgré un apparence un peu naïve, thème cher à Miller – que s'ouvriront les portes de la Warner et que le projet pourra véritablement se remettre sur les rails.

- Programmé en 2010, le tournage en Australie n'aura jamais lieu, à cause d'une météo capricieuse transformant durablement le désert australien en oasis incompatible avec le paysage apocalyptique et désertique cher à Miller; il faut se mettre en chasse d'un nouveau théatre opérationnel, et ce sera finalement la Namibie, où les premiers tours de manivelle ont enfin lieu en juillet 2012.

Après 6 mois de tournage, le film est enfin achevé et passe en post production, avant d'être dévoilé au grand public ainsi qu'évoqué ci-dessus







30 ans après sa dernière apparition, donc, le guerrier de la route est de retour pour un 4ème opus qui, d'entrée de jeu, fait figure de singularité dans un contexte de production désormais ultra standardisé et codifié. Il n'est ni une préquelle, ni une séquelle, ni un remake, ni même un reboot, mais bien une oeuvre sui generi qui vient pourtant puiser dans chacun des trois premiers volets pour s'y raccrocher aux yeux du spectateur, mais pour mieux et aussitôt s'en éloigner et donner à ce film sa nature propre.

C'est là que réside le tout premier tour de force de Georges Miller : parvenir à offrir une histoire nouvelle en y reprenant par ailleurs des éléments narratifs permettant de faire le lien entre la franchise initiale et ce nouveau métrage, tout en réinventant l'histoire.

Ainsi retrouve-t-on les tourments intérieurs de Rockantansky, héritage de l'épisode n°1 et de son sentiment persistant de n'avoir pas su protéger ceux qu'il aimait; les « flash » qui l'assaillent tout au long du métrage semblent en effet directement en lien avec le meurtre de sa famille dans « Mad Max », alors même que c'est une fille qui lui parle, tandis qu'il avait perdu femme et bébé...

Ainsi retrouve-t-on, et c'est ici un euphémisme au vu de sa longueur, une course poursuite motorisée telle que nous l'avait déjà envoyé « Mad Max 2, le défi » dans une bien moindre mesure, outre la sauvagerie et les instincts bestiaux qui animent désormais ce qui reste de l'humanité, et qui claquaient au visage dans ce second volet.

Ainsi retrouve-t-on, enfin, l'univers plus dystopique du « Dôme du tonnerre », où la civilisation essaye de reprendre le dessus en s'organisant en clans, cherchant même, pour l'un d'entre eux, une terre promise qui n'est pas sans rappeler celle de Furiosa et ses 5 compagnes de voyage.


Ce faisant, la transition entre un Mel Gibson, figure éternelle de Max, et un Tom Hardy nouveau dépositaire du costume se fait dans la douceur et la transparence la plus absolue. Car si Gibson offrait l'image d'un Rockatansky à fleur de peau, à la folie en permanence prête à déborder – schéma repris d'ailleurs plus tard dans son interprétation de Riggs dans « l'arme fatale » ou de Rick Jarmin dans « comme un oiseau sur la branche » - Hardy oppose quant à lui un tout autre registre en campant un personnage un rien patibulaire, cyclothymique et taciturne, peu bavard, solitaire et dont l'instinct de survie est plus dense et animal que jamais. Deux visions, deux incarnations d'un même personnage qui de fait ne désoriente en rien ni le spectateur, ni le fan de la saga que je suis.

Pour en revenir au coeur du métrage, les premières séquences nous jettent immédiatement dans le bain : un Max capturé et un Interceptor définitivement détruit (autre transition s'il en fallait), et plantage immédiat du décor avec les images d'une figure dictatoriale absolue – Immortan Joe, joué par Hugh Keays-Byrne, le « toecutter » de l'opus 1, dans un rôle bien plus qu'un simple caméo – régnant sans partage, au creux d'une citadelle monumentale, sur une véritable cour des miracles que n'auraient pas renié Moebius/Jodorowsky dans « l'Incal », Lob/Rochette dans « le transperce neige », ou Henry Harrison dans « make room, make room », et dont la machinerie renvoie inévitablement à Fritz Lang et Chaplin ...

Spoiler:
Dans ce monde totalitariste, Immortan Joe détient la seule dernière richesse – l'eau - et assure sa descendance en exploitant sexuellement de jeunes femmes dont il s'est autoproclamé le propriétaire, le tout en conditionnant par ailleurs de jeunes hommes à le servir fidèlement, en les transformant en êtres scarifiés, blafards, imberbes, décérébrés, drogués, anesthésiés, prêts à tout pour lui avec, en perspective, une place de choix au Valhalla, curieuse référence ici au culte ancestral viking.

Dans ce monde masculin, brutal et outrageusement viril, c'est pourtant de la femme que viennent les problèmes lorsque Furiosa – impériale, magistrale, fabuleuse, magiifique Charlize Théron – soustrait au maître ses 5 reproductices afin de rallier un havre de paix matriarcal qui, au final, ne sera là-aussi qu'un autre et ultime leurre...















Spoiler:

Dépossédé de son bien, et bien plus encore – l'une des femmes est enceinte – Immortan Joe lance toutes ses troupes à la poursuite du convoi citerne, et ouvre alors la plus grande et hallucinante course poursuite de toute l'histoire du cinéma. 1h50 de bruit et de fureur constants, de moteurs ronflants, de tôle froissée, broyée, brulée, de corps meurtris, brisés, mutilés consumés, dans une valse permanente où l'inventivité m'a d'égale que la qualité de la réalisation et de la photographie. Dans un film où les décors sont dépouillé à l'extrême, et où le budget peut être consacré à autre chose, tout le film n'est qu'action et chaque scène est à elle-seule une cascade.

D'une force et puissance graphique sidérante, où l'on retrouve d'ailleurs avec délice les effets d'accélération et de ralentis déjà présents dans le reste de la franchise, la bobine s'écoule sans le moindre temps mort, et l'on se prend à souffrir avec Max, d'abord enchainé, muselé, perfusionné au véhicule de Nux, avant que de devenir tous deux les alliés d'une Furiosa plus féminine et féministe – malgré son bras amputé - solide et déterminée que jamais, n'acceptant au départ la présence des deux hommes que dans la mesure où elle peut lui servir dans son invraisemblable et jusqu'au-boutiste odyssée.

Tout est d'ailleurs, bien souvent, au cours du film, dans l'image et le non dit, tant le métrage est avare en discours ou bavardages : « le film est essentiellement visuel. […] quand il y a des dialogues, ils sont dit dans un engin qui roulent à tout allure », expliquera Georges Miller.

L'objectif est évident, et double.

D'une part, laisser aux mécaniques une place de choix dans le film, faisant d'elles, quasiment, des personnages à part entière avec lesquels les êtres de chair et d'os entretiennent une relation organique, dans le prolongement prothésique de leurs membres amputés ou la dévotion survoltée et démesurée à l'égard de leur volant, sinon même orgasmique à l'image de la jouissance que semblent ressentir certains d'entre eux à la conduite de ces bolides mortels.


De ce point de vue, les monstres sur roue, remarquablement custumisés à l'extrême par l'incroyable imagination de Colin Gibson et son équipe, sont de vrais réussites et contribuent à durablement marquer les esprits, à l'image des véhicules-mutants des Warboys, du War Rig conduit par Furiosa, en passant par les voitures perches ou hérisson, mais aussi le Giga Horse d'Immortant Joe, construit à base de deux Cadillac coupé Deville de 1959 superposées l'une sur l'autre, et le surprenant Doof Wagon musical, ses tambours et ses enceintes Marshall...

Et c'est là que réside le second attrait de la minceur des dialogues : la prépondérance de la musique. Ponctué de bout en bout par les percussions des énormes tambours et les riff percutants d'une guitare lance-flamme, eux même montés sur roue et en tête de caravane, comme l'aurait été le clairon d'une cavalerie, le métrage s'ébroue au rythme animal des coups de baguette et des accords d'un improbable guitariste-mutant, dont le costume n'est pas sans rappeler les délires vestimentaires d'un Prince ou d'un Jimmy Hendrix.

Spoiler:
Après presque deux heures d'une course haletante en plein désert, et finalement même d'un retour à la case départ, le dictateur et ses servants en moins, on ressort lessivé de cette aventure dantesque où Max, libéré de son obligation morale, laisse Furiosa prendre la relève et s'essayer à son rêve de terre verte avant que de disparaître discrètement au milieu d'une foule transcendée, comme l'homme solitaire dont il ne peut se défaire.

« Mad Max fury road » n'est donc, vous l'aurez compris, en rien l'oeuvre de trop, mais bien au contraire la magnifique résurrection d'un univers et d'un personnage désormais encore plus cultes qu'il ne l'étaient. Il y avait eu un avant et un après « Mad Max, le défi » : il y aura désormais un avant et un après « Mad Max fury road », tant Miller a une nouvelle fois marqué les codes du film d'action et du genre post-apocalyptique.

Instantanément culte, ce film fera date et s'inscrit d'ores et déjà au panthéon du cinéma futuriste.
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Re: 2016 - Mad Max, Fury Road - G Miller

Message  maxi le Sam 25 Mar 2017 - 9:11








Que rajouter à la complète analyse de ce cher Rocka ? Après tout il s'agit bien de son histoire donc personne ne peut être plus précis et exhaustif
En tout cas merci pour ces explications, on sent ta passion et le plaisir que tu as tant attendu, tant espéré avec ce 4e opus réussi.

Je suis moi aussi un fan de la première heure, et cinématographiquement 1979 fût l'année "Mad Max" et "Alien" , on mesure presque 40 ans après le sens de "films cultes" , ils ont cassé les codes, bluffé tout le monde et créé une référence artistique, 100x copiée, imitée, mais jamais égalée. Bref on comprend pourquoi faire 3 autres films était mission casse-cou, et après un 2e opus fabuleux, un 3e opus forcément décevant, les craintes étaient légitimes pour un 4e opus tant attendu et forcément au goût de réchauffé.

Je partage globalement ton enthousiasme, le film est réussi, deviendra t il culte, attendons qqs années pour le savoir, mais je ne pense pas, d'abord "Mad Max" c'est d'abord Mel Gibson, et franchement j'ai bien du mal avec Tom Hardy qui incarne une évolution autistique et même si le comportement reste nihiliste, il est à mon goût beaucoup trop effacé, subissant finalement l'excellence de Furiosa, la sublime Charlize illustrant la formule "crever l'écran" à la perfection, elle rayonne et tient là son plus beau rôle et surtout un 1er rôle, Max étant devenu un 2d rôle, oui pour le réalisateur, ce monde est le désastre des Hommes, et il prend donc l'initiative de donner au femmes le rôle de nouvel espoir de l'humanité, celui de l'intelligence, symbolisée par la quête d'un "trésor" inattendu, bien que finalement assez logique dans cet univers désertique.


Oui c'est la femme qui sonne la révolution, rebâtir un monde, en finir avec les égos masculins, prendre le contrôle de l'eau et surtout du trésor, des graines, source du blé, symbole à nouveau biblique mais bien réel de la vie, de la nourriture et donc de la civilisation humaine, domptant la nature mais surtout domptant sa nature, violente, belliqueuse, et disons le, mauvaise et nuisible.

Car après tout de quoi parlent les 4 films ?

C'est évidemment de la barbarie humaine, incarnée par la violence masculine, la bestialité, le mâle non civilisé est bel et bien la pire monstruosité, le chef de bande (MM 1), le seigneur Humoungous (MM 2) , contre exemple ds MM 3 avec justement un embryon de civilisation, une néo ville dirigée forcément par une femme (Tina Turner), enfin dans le 4 on bascule totalement dans le coté obscur avec le dictateur et ses fanatiques religieux , véritable sommets de la barbarie virile, tous les pires vices y sont représentés, pour simplifier on appellera ça "le Mal", incarné par le mâle...

Un poète n'a t il pas affirmé:  "la femme est l'avenir de l'Homme" ? au vue du bilan de qqs millénaires de suprématie masculine on peut l'espérer.
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