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Le western au cinéma

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Le western au cinéma

Message  Rockatanski le Mar 27 Sep 2016 - 19:26


1903 - le premier Western






Les origines






Trouvant son fondement et ses origines aux racines même de l'histoire des Etats-Unis, le western retranscrit finalement la naissance d'une Nation, l'Amérique des pionniers, celle de la conquête de l'Ouest, de la ruée vers l'or, des guerres indiennes voire de la guerre de Sécession, couvrant une période allant grosso modo de 1860 à 1890.

Avant même que d'être un genre cinématographique, le western est un sujet littéraire, et des auteurs américains tels que James Fenimore Cooper, Stephen Crane, James Oliver Curwood, Conrad Richter, Ernest Haycox ou Clifton Adams, et même quelques européens, dont l'allemand Karl May et le français Gustave Aimar, ont dès 1836 rendu l'ouest sauvage particulièrement populaire aux yeux des lecteurs.

Il n'est donc nullement étonnant de retrouver le western dès les origines du cinématographe.

« Le Vol du Grand Rapide » (the grat train robbery) d'Edwin S Porter, en 1903, d'une durée de 20 mn à peine, est unanimement considéré comme le premier western de l'histoire, mais aussi comme la première tentative de montage narratif américain.

Acteur principal de ce film – dans lequel par ailleurs il joue trois rôles distincts – Gilbert M «Broncho Billy » Anderson est la première star du western muet, rapidement rejoint par les deux grands noms de l'époque, William S. Hart – connu en France sous le nom de Rio Jim – et bien entendu Tom Mix.

Entre 1910 et la fin des années 20, les personnages du cow-boy et du hors la loi cèdent peu à peu la place aux scènes de cirque itinérant et de rodéo, sous l'influence évidente de Tom Mix, et la comédie burlesque, très populaire à l'époque grâce notamment à Harold Lloyd et Buster Keaton, fait son entrée dans le western.

Quelques rares productions s'attardent sur la dimension historique et épique de l'Ouest, à l'image de Cécile B DeMille avec « Le mari de l'indienne » (1914), James Cruze avec « la caravane vers l'Ouest » (1923), et surtout John Ford avec « le cheval de fer » (1924) et « trois sublimes canailles » (1926).

Avec l'arrivée du parlant, on imagine le western prendre une pente ascendante fulgurante, et pourtant... si le premier western non muet, « in old arizona » (1928) est un vrai succès, « la piste des géants », sorti deux ans plus tard, avec le jeune John Wayne au casting, sonne le glas du genre pendant près d'une décennie. Tourné en 70 mm, et donc en format large, le film est un échec commercial cuisant dans la mesure où les salles de cinéma n'étaient pas équipées pour une telle projection. Dans le contexte de la Grande Dépression causée par le crack de 1929, le grand western, que les producteurs voulaient épique et flamboyant, s'éteint au profit de productions de séries B qui feront d'ailleurs bien souvent les beaux jours des anciennes gloires du muet.

Tournés à faible coût dans des décors identiques, sur la base de scenario peu variés, ultra stéréotypés et destinés bien souvent à un public très élargi touchant en particulier les enfants, des dizaines de productions voient le jour. On estime à quelque 1000 films du genre tournés rien que sur la décennie 1930, dont seuls quelques uns furent distribués hors des Etats-Unis.












L'apogée





Avec « la chevauchée fantastique », de John Ford, en 1939, le genre sort de l'ombre et prend le chemin du succès. Ce film, qui propulsera John Wayne au firmament et sera le début d'une collaboration longue de 25 ans entre lui et le réalisateur, est par ailleurs le premier tourné dans le décor naturel de Monument Valley. L'acteur y incarne le héro fordien récurrent, à la fois marginal, juste et sans travers, timide voire gauche avec les femmes.

Pendant deux décennies, le western devient un genre puissamment dominant outre-atlantique.

De nombreuses stars y font leur apparition ou plus simplement y lancent leur carrière : Gary Cooper, Cary Grant, James Stewart, Henry Fonda, James Coburn, Lee Marvin, Karl Malden, Burt Lancaster, Jack Palance, Robert Mitchum, William Holden, Dean Martin ....

Derrière la caméra, le constat est le même : John Ford, Howard Hawks, King Vidor, Anthony Mann, Robert Aldrich, Arthur Penn....

Pour les uns comme pour les autres, le western constituait en quelque sorte un passage obligé, dont certains se feront d'ailleurs une spécialité (Ford et Hawks, notamment).

Cette période est par ailleurs propice à des déclinaisons sur petit écran du mythe de l'Ouest : des aventures de « Rin Tin Tin », dès 1954, en passant par « Rawhide », « au nom de la loi », « bonanza », « la grande vallée », « les mystères de l'Ouest », « Gunsmoke », « la conquête de l'Ouest », « Colorado » (le premier qui me parle de « la petite maison dans la prairie » je lui botte gentillement le derrière), etc... ce sont des milliers d'épisodes qui seront diffusés et rediffusés à la télévision.

Sur grand écran, pendant près de 35 ans, plusieurs gros courants semblent se dessiner, se chevaucher et/ou se succéder.

Je vais essayer ci-après d'en exposer les principales caractéristiques (d'ailleurs globalement par ailleurs approuvées par la plupart des critiques du genre), étant entendu que les classifications qui suivent n'ont rien d'exhaustives ni de totalement chronologiques :

1/ le western classique, manichéen à souhait, et son schéma binaire du bien contre le mal, où le héro intègre côtoie le hors la loi amoral au possible, où les indiens représentent systématiquement l'ennemi d'une armée américaine courageuse et sans reproche, où le bon shérif triomphe des sombres bandits assassins, où les cultivateurs courageux tentent de résister aux éleveurs envahisseurs, etc...

Dans cette catégorie, on peut citer pèle-mèle « Rio Grande » (1950), « règlement de comptes à OK Corral » (1957), « Rio Bravo » (1959), « les affameurs » (1952), « l'homme des vallées perdues » (1953).

2/ le surwestern, ainsi que le dénomme André Bazin : « un western qui aurait honte de n'être que lui-même et chercherait à justifier son existence par un intérêt supplémentaire d'ordre esthétique, sociologique, moral, psychologique, érotique ».

L'aspect binaire s'efface alors; les valeurs universelles qui ont contribué à populariser le genre s'estompent au profit d'éléments plus sombres : le mythe américain y est ainsi abordé sous des formes moins glorieuses qui contribuent à le mettre à mal.

Ainsi, et à titre d'exemple, dans « le train sifflera trois fois » (1953), la dénonciation et la lâcheté viennent se superposer aux notions basiques du bien et du mal;
La cupidité, la vengeance, la mégalomanie, autant de thèmes abordés dans « les furies » (1950), « l'appât » (1953) ou « quatre étranges cavaliers » (1954);
Avec « le gaucher » (1958), Arthur Penn offre encore à Paul Newman un rôle d'anti-héros vengeur et suicidaire; on retrouvera plus tard ce même schéma avec le personnage de « Nevada Smith » (1966) joué par Steve McQueen.

3/ le western spaghetti, né au milieu des années 60 lorsque se marque aux Etats-Unis l'essoufflement du genre.

A l'époque en effet même les grosses productions comme « les cheyennes » (1964) ou « El Dorado » (1966) ne parviennent pas à mettre un frein au déclin inexorable du western. C'est alors étonnement d'Europe que vient la lumière, avec la naissance du western italien, et dont notamment le réalisateur Sergio Leone se fera une spécialité.

En quatre films seulement, devenus des classiques, il insuffle une seconde jeunesse au western et lui fait prendre une tournure plus singulière. « Pour un poignée de dollars » (1964), « et pour quelques dollars de plus » (1965), « le bon, la brute et le truand » (1966) (regroupés sous le qualificatif de trilogie du dollar), mais aussi « il était une fois dans l'Ouest » (1969) posent les codes de ce genre novateur, tant sur le plan des personnages -plus complexes et variés – que des prises de vue – gros plan, plan fixes – mais aussi de la musique, omniprésente et caractéristique, sous la houlette d'un Ennio Morricone aussi doué qu'inspiré.

Les personnages sont sales et mal rasés, parlent peu, n'hésitent pas à enfreindre la loi, tirent avant de poser des questions, sont sadiques et cyniques, appâtés par le gain et le pouvoir; la violence est très explicite, souvent gratuite, via des scènes récurrentes de torture, comme dans « Django » (1966) ou « le bon, la brute et le truand » (1966), de viol ou de massacre... une préfiguration du western crépusculaire ultérieur.

4/ le western zapata, forme de western politique italien, essentiellement tourné autours de la révolution mexicaine et de l'exploitation des péons par les grands propriétaires.

L'intrigue est très souvent la même : la disparition ou la perte d'un trésor, d'un stock d'or ou d'armes à l'origine prévu pour financer la révolution mexicaine, et des protagonistes aux motivations différentes sinon opposées vont essayer de se l'approprier, moyennant alliances, contre-alliances, désalliances et mésalliances.

Dans de nombreux cas, à l'opposé du péon mexicain présenté comme primitif, inculte et pauvre, l'un des personnages, évidemment riche, vient d'ailleurs, figure récurrente de l'étranger venu s'immiscer dans la révolution : Suéde, Pologne, Hollande, Etats Unis, par exemple.

« Il était une fois la Révolution » (1971) est l'exemple le plus connu de ce genre dérivé; on peut citer par ailleurs « El Chuncho » (1966) mais aussi la trilogie de Sollima, « Colorado » (1966), « le dernier face à face » (1967) et « Saludos hombre » (1969)

5/ Le western fayot, né du succès aussi inattendu qu'immense de « on l'appelle Trinita » (1970).

A la période sérieuse, sombre et cynique, succède alors une période de westerns qui tournent vers la farce, où la violence brute est remplacée par des distributions de baffe (merci Bud Spencer) et un style joyeusement ou grassement parodique. Le registre n'est plus à l'ironie mais au burlesque pur jus.

La plupart de ces productions est plus que dispensable, il va sans dire.... citons, pour l'exemple, « un génie, deux associés, une cloche » (1976), « amigo, mon colt a deux mots à te dire » (1972), « on m'appelle Providence » (1972)

6/ le western crépusculaire, où s'affrontent des personnages particulièrement ambivalents, s'affranchissant sans difficulté de la frontière basique entre le bien et le mal, ou naviguant d'ailleurs de l'un à l'autre sans véritable état d'âme.

« Les deux cavaliers » (1961) et « l'homme qui tua Liberty Valance » (1962) en sont déjà deux premiers exemples, en présentant une vision particulièrement désenchantée et tragique de l'Ouest américain, même si la mise en image et le propos restent encore sobres et mesurés, si bien que certains critiques tendent à ne pas les classifier ici.

Dans « l'homme des hautes plaines » (1973) ou « pendez-les haut et court » (1968), en revanche, les valeurs morales ont clairement disparues, les personnages sont tous aussi détestables les uns que les autres, les femmes sont des prostituées alcooliques et fumeuses, la brutalité est omniprésente et saute graphiquement aux yeux.

Ce dernier point atteint son paroxysme dans des films comme « Josey Wales hors la loi » (1976), où le viol et le massacre de soldats désarmés en sont deux exemples marquants, et surtout dans « la horde sauvage » (1969) de Sam Peckinpah, dont la scène finale est tout simplement onirique et dantesque.





Le déclin







Le public se détourne du western et les productions disparaissent inexorablement au milieu des années 70, même si quelques rares bons films font encore leur apparition, comme Little big Man (1970), « Pat Garrett et Billy the Kid » (1973) ou certains Malpaso films d'Eastwood.

Nombre d'auteurs s'accorde d'ailleurs à dire que sans le western italien des années 60, le genre du western serait mort bien avant.

Mais à cette période, les grands espaces sont désormais ailleurs, aux confins de la galaxie. "2001, l'odyssée de l'espace" a ouvert la voie à d'autres formes de conquêtes sur grand écran, où vaisseaux spaciaux et rayons laser remplacent allègrement chevaux et revolvers.

L'échec public important des « portes du paradis » de Michael Cimino en 1980 (le film est d'ailleurs ressorti très récemment) fait reculer plus avant encore l'intérêt pour ce genre cinématographique qui depuis une trentaine d'années, tombe lentement mais sûrement en désuétude.

Se succèderont entre 1980 et 2010 quelques films, tantôt remake, comme « tombstone » (1993), « 3h10 pour yuma » (2007), tantôt sans originalité et apport nouveau pour le genre, tels « young guns » (1985), « mort ou vif » (1995),« open range » (2003), « Appaloosa » (2008).

Seuls 4 films de cette période sortent selon moi réellement du lot et méritent d'être vus et revus : « silverado » (1985) de Lawrence Kasdan, « impitoyable » (1992), de Clint Eastwood, « dead man » (1995) de Jim Jarmusch, et True grit (2010) de Joel Coen.

Enfin, à titre personnel, je déplore cette triste fin d'un genre qui m'aura fait rêver non seulement enfant, mais encore adulte, et que je ne lasse jamais de découvrir et redécouvrir.

Mon top 10 (dans l'ordre chronologique, et totalement subjectif bien entendu) :

1/ la chevauchée fantastique (1939)
2/ le train sifflera trois fois (1952)
3/ 3h10 pour Yuma (1957)
4/ Le gaucher (1958)
5/ Rio bravo (1959)
6/ L'homme qui tua Liberty Valance (1961)
7/ Il était une fois dans l'ouest (1969)
8/ Josey Wales hors la loi (1976)
9/ Impitoyable (1992)
10/ True Grit (2010)[/justify]
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Rockatanski

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